La crise traversée par la filière chevreaux a remis le sujet de la semence sexée sur le devant de la scène. Olivier PONTHOREAU, responsable du centre de production Capgènes, nous en dit plus :

Une première expérimentation entre 2017 et 2019

A l’issue d’une première rencontre entre Capgènes, Sexing Technologies* et EVOLUTION, un protocole expérimental sur la semence sexée femelle est lancé en décembre 2017.

Une technologie sous contraintes

Chez Sexing Technologies, chaque spermatozoïde est trié sur le volet. En effet, la machine ne trie pas seulement le sexe mais maximise aussi le pouvoir fécondant, en ne conservant que les spermatozoïdes conformes, vivants et mobiles. Ce qui autorise une moindre concentration des paillettes, mais exige de ne retenir que les boucs dont la qualité de semences est irréprochable.

« D’autre part, il faut au moins 4 milliards de spermatozoïdes pour lancer la production sexée, ce qui exige de solliciter les boucs 2 à 3 fois d’affilée », ajoute Olivier.

Pour cette première production Sexing Technologies a pris en charge la préparation de l’échantillon (avec un dilueur spécifique et breveté) ainsi que le transport des doses jusqu’à Saint-Aubin du Cormier (35). « La semence fraîche ne peut pas attendre, donc parcourir les 350 km qui séparent Capgènes du centre Sexing Technologies demande une logistique particulière, qui aura aussi un impact sur le coût de  production» précise Olivier Ponthoreau.

En élevage : des femelles dans 94 % des cas et une moindre fertilité

Olivier Ponthoreau revient sur l’analyse des résultats : «Sans surprise, le process est fiable. Mais il faut garder à l’esprit qu’une petite part d’incertitude subsiste.»

Il poursuit : «Comme ailleurs, la fertilité est moindre qu’en conventionnel mais nous manquons de résultats pour affirmer s’il faut plutôt compter sur une baisse de 10 ou 20%. Il en va de même quant à un éventuel impact sur la prolificité : aucune tendance n’est dégagée à ce stade.

Enfin, cet essai a permis de mettre en évidence la trop faible performance des paillettes à 4 millions, et donc d’éliminer cette option.»

De la phase expérimentale à la construction d’une offre aux éleveurs ?

«En 2019, nous en étions restés là car ça ne répondait pas à un besoin. Depuis, le contexte a changé et certains éleveurs semblent en attente. Forts de ce premier essai, il ne nous reste qu’à approfondir le dossier : préciser les coûts et les modalités de travail avec Sexing Technologies, s’assurer de la faisabilité réglementaire et enfin construire l’offre : quels profils de boucs ? pour quels statuts d’éleveurs ? à quel prix ?… Enfin, si on poursuit sur cette voie, il s’agira probablement de commander des doses sexées à la carte, parmi une offre limitée de boucs… un mode de commercialisation auquel nous ne sommes pas encore habitués en caprins.» conclut Olivier.

La réponse à une stratégie individuelle d’élevage plutôt qu’à une problématique filière

À l’échelle de nos 70 000 IA par an, même en imaginant qu’il s’agisse exclusivement de semence sexée – ce qui ne sera jamais le cas – au mieux, nous délesterions le marché d’environ 35 000 chevreaux, moins de 7% du marché actuel. D’autres voies complémentaires, également réactivées par le contexte, auront certainement un impact plus significatif pour la filière.